Les hôtels figurent parmi les établissements recevant du public (ERP) les plus exposés aux risques d’incendie. La présence de personnes endormies, souvent peu familières avec les lieux, combinée à des circulations complexes et des équipements de cuisine professionnelle, impose un niveau de sécurité incendie particulièrement exigeant. La réglementation française classe les hôtels en type O et leur applique des obligations spécifiques en matière de détection, d’alarme, de désenfumage et d’évacuation.
Cet article détaille les obligations réglementaires et les équipements requis pour la sécurité incendie en hôtel, selon la catégorie de l’établissement et sa capacité d’accueil.
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Classement ERP des hôtels : type O et catégories
Dans la classification française des ERP, les hôtels sont classés en type O (hôtels et pensions de famille). Ce classement est défini par l’arrêté du 25 juin 1980 modifié, complété par les articles O1 à O20 spécifiques aux hôtels. Le type O se distingue par une particularité fondamentale : les occupants dorment sur place, ce qui rallonge considérablement le temps nécessaire à l’évacuation en cas d’incendie nocturne.
Les catégories selon la capacité
La catégorie d’un hôtel ERP dépend de l’effectif maximal simultané (clients et personnel) :
- 1ère catégorie : plus de 1 500 personnes (grands complexes hôteliers)
- 2ème catégorie : de 701 à 1 500 personnes
- 3ème catégorie : de 301 à 700 personnes
- 4ème catégorie : jusqu’à 300 personnes
- 5ème catégorie : en dessous du seuil d’assujettissement (généralement moins de 100 personnes pour les hôtels)
La catégorie détermine le niveau d’exigence des équipements de sécurité. Un hôtel de 1ère catégorie doit disposer d’un système de sécurité incendie (SSI) de catégorie A, tandis qu’un hôtel de 5ème catégorie peut se contenter d’un système d’alarme de type 4 avec détection autonome dans les chambres.
Obligations de détection et d’alarme incendie
La détection et l’alarme incendie constituent le premier maillon de la chaîne de sécurité en hôtel. La réglementation impose des niveaux d’équipement croissants selon la catégorie de l’établissement.
Hôtels de 1ère à 4ème catégorie
Les hôtels de 1ère à 4ème catégorie doivent être équipés d’un SSI de catégorie A comprenant un système de détection incendie (SDI) complet, une centrale de mise en sécurité incendie (CMSI) et un système d’alarme de type 1. La détection automatique est obligatoire dans les chambres, les circulations horizontales, les locaux à risque (cuisine, lingerie, chaufferie, stockage), et les combles non aménagés.
Le système d’alarme de type 1 impose une diffusion sonore dans toutes les chambres et les circulations, avec un niveau sonore minimal de 90 dB(A) mesuré à 1 mètre du diffuseur. Les diffuseurs sonores dans les chambres doivent être capables de réveiller une personne endormie, ce qui constitue l’exigence fondamentale du type O.
Hôtels de 5ème catégorie
Les hôtels de 5ème catégorie (petits établissements sous le seuil d’assujettissement) bénéficient d’exigences allégées mais néanmoins réelles. Ils doivent disposer au minimum de détecteurs autonomes avertisseurs de fumée (DAAF) dans chaque chambre et de détecteurs dans les circulations. Un système d’alarme de type 4 (diffuseur sonore à déclenchement manuel) est le minimum requis, mais la plupart des commissions de sécurité recommandent un type 3 ou supérieur.
Les déclencheurs manuels
Quel que soit la catégorie, des déclencheurs manuels d’alarme doivent être installés à chaque niveau, à proximité immédiate de chaque sortie et de chaque escalier. Ils sont placés à une hauteur comprise entre 0,90 m et 1,30 m du sol, facilement repérables par une signalisation normalisée. En hôtel, ils sont souvent complétés par un interphone ou un téléphone permettant de contacter la réception en permanence.
Désenfumage et compartimentage
Le désenfumage des circulations
Les circulations horizontales communes (couloirs d’étage) des hôtels de 1ère à 4ème catégorie doivent être désenfumées, soit par désenfumage naturel (exutoires en façade haute ou en toiture), soit par désenfumage mécanique (extraction motorisée). L’objectif est de maintenir les couloirs praticables pendant l’évacuation, car les clients ne connaissent pas toujours les issues de secours.
Le désenfumage des escaliers encloisonnés est également obligatoire pour les hôtels dont le plancher bas du dernier niveau accessible est situé à plus de 8 mètres du sol. Les escaliers sont désenfumés par un exutoire en partie haute d’au moins 1 m² de surface utile.
Le compartimentage des chambres
Chaque chambre d’hôtel constitue un compartiment coupe-feu indépendant. Les cloisons séparatives entre chambres et entre chambres et circulations doivent présenter une résistance au feu de 30 minutes minimum (EI 30 pour les hôtels de 5ème catégorie) à 60 minutes (EI 60 pour les hôtels de 1ère à 4ème catégorie). Les portes des chambres doivent être coupe-feu et munies d’un ferme-porte.
Ce compartimentage est essentiel : il confine le feu dans la chambre d’origine et offre aux occupants des chambres adjacentes un temps de protection suffisant pour évacuer. Les portes coupe-feu des chambres doivent se refermer automatiquement après chaque ouverture grâce à un ferme-porte conforme à la norme NF EN 1154.
| Équipement | 1ère à 4ème cat. | 5ème catégorie |
|---|---|---|
| Détection incendie | SDI complet (chambres + circulations + locaux à risque) | DAAF dans chaque chambre + circulations |
| Alarme | Type 1 (CMSI + diffuseurs sonores) | Type 4 minimum (type 3 recommandé) |
| SSI | Catégorie A | Catégorie D ou E |
| Désenfumage circulations | Obligatoire (naturel ou mécanique) | Obligatoire si >8 m de hauteur |
| Portes chambres | Coupe-feu EI 30 + ferme-porte | Coupe-feu EI 30 + ferme-porte |
| Extincteurs | 1 par niveau + locaux à risque | 1 par niveau |
Moyens d’extinction obligatoires
Les extincteurs
Chaque niveau de l’hôtel doit disposer d’au moins un extincteur à eau pulvérisée de 6 litres pour 200 m² de surface, avec un minimum d’un par niveau. Les extincteurs sont placés dans les circulations, à proximité des issues, et signalés par un pictogramme normalisé. Les locaux à risque spécifique nécessitent des extincteurs adaptés : CO2 pour les armoires électriques, poudre polyvalente pour les cuisines professionnelles (en complément de la couverture anti-feu).
Les robinets d’incendie armés (RIA)
Dans les hôtels de 1ère à 3ème catégorie, des RIA sont obligatoires. Ces dispositifs permettent au personnel formé de combattre un début d’incendie avec une lance à eau alimentée en permanence. Les RIA doivent couvrir l’ensemble de l’établissement (aucun point ne doit être à plus de la longueur du tuyau déroulé d’un RIA). Leur diamètre est de 19/6 ou 25/8 selon la catégorie et la surface.
L’extinction automatique en cuisine
Les cuisines professionnelles d’hôtel, en raison du risque élevé lié aux feux de graisses et d’huile, peuvent nécessiter un système d’extinction automatique dédié (hotte avec extinction intégrée). L’arrêté du 25 juin 1980 impose une isolation coupe-feu des cuisines par rapport au reste de l’établissement et un dispositif de coupure automatique de l’alimentation en gaz en cas de détection d’incendie.

Éclairage de sécurité et signalisation
L’éclairage de sécurité est particulièrement critique en hôtel. En cas d’incendie nocturne, les clients évacuent dans l’obscurité, dans un bâtiment qu’ils ne connaissent pas, avec des fumées qui réduisent la visibilité. L’éclairage de sécurité et la signalisation constituent leur seul guide vers les sorties.
Les BAES (blocs autonomes d’éclairage de sécurité)
Des BAES d’évacuation doivent être installés à chaque changement de direction, à chaque sortie de pièce donnant sur une circulation, au-dessus de chaque porte de sortie et de chaque issue de secours. L’autonomie minimale est de 1 heure. En hôtel, les BAES sont complétés par un éclairage de sécurité dans les escaliers et les paliers d’étage.
Les plans d’évacuation dans les chambres
Chaque chambre d’hôtel doit comporter un plan d’évacuation affiché de manière visible (généralement derrière la porte). Ce plan indique la position de la chambre, les issues de secours les plus proches, l’emplacement des déclencheurs manuels d’alarme et des extincteurs, et les consignes de sécurité traduites en plusieurs langues pour les établissements recevant une clientèle internationale.
Formation du personnel et consignes
La formation obligatoire
L’ensemble du personnel de l’hôtel doit recevoir une formation à la sécurité incendie adaptée à ses fonctions. Les articles MS 46 à MS 52 de l’arrêté du 25 juin 1980 imposent une formation initiale à l’embauche et un recyclage régulier. Le personnel doit savoir donner l’alarme, utiliser les extincteurs, guider les clients vers les sorties de secours, et appliquer les consignes d’évacuation.
Dans les hôtels de 1ère et 2ème catégorie, un service de sécurité permanent est obligatoire, composé de personnels titulaires du diplôme SSIAP (Service de sécurité incendie et d’assistance à personnes). Dans les hôtels de 3ème et 4ème catégorie, la présence d’un personnel formé est requise en permanence pendant les heures d’occupation.
Les consignes de sécurité incendie
Les consignes de sécurité incendie doivent être affichées à chaque niveau, à proximité des escaliers et des issues. Elles précisent la conduite à tenir en cas d’incendie, les numéros d’urgence, et les consignes spécifiques à l’établissement. Pour le personnel, des consignes détaillées définissent les rôles de chacun : qui déclenche l’alarme, qui appelle les secours, qui guide l’évacuation, qui vérifie les chambres.
Les exercices d’évacuation
Des exercices d’évacuation doivent être organisés au minimum deux fois par an. Ils impliquent le personnel (pas les clients) et simulent différents scénarios : incendie de nuit, incendie en cuisine, incendie dans une chambre. Le temps d’évacuation est chronométré et consigné dans le registre de sécurité. L’audit de sécurité incendie annuel vérifie la réalisation effective de ces exercices.
Vérifications périodiques et registre de sécurité
Les installations de sécurité d’un hôtel doivent être vérifiées régulièrement par des organismes agréés ou des techniciens compétents. Ces vérifications conditionnent l’avis favorable de la commission de sécurité, nécessaire au maintien de l’autorisation d’exploiter.
Les principales vérifications
- SSI et détection incendie : vérification annuelle complète par un technicien compétent, tests trimestriels internes
- Extincteurs : vérification annuelle, révision décennale
- Désenfumage : vérification semestrielle des exutoires, annuelle pour le système complet
- BAES : vérification semestrielle de l’autonomie
- Installations électriques : vérification annuelle par un organisme agréé
- Installations de gaz : vérification annuelle
- Portes coupe-feu : vérification annuelle du fonctionnement des ferme-portes et de l’étanchéité
L’ensemble des rapports de vérification est annexé au registre de sécurité, qui doit être présenté à la commission de sécurité lors de ses visites périodiques (fréquence de 2 à 5 ans selon la catégorie de l’hôtel).

« La sécurité incendie en hôtel repose sur un triptyque indissociable : des installations techniques conformes, un personnel formé et vigilant, et une documentation à jour. L’absence d’un seul de ces trois piliers fragilise l’ensemble du dispositif. »
— Source : Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC), Guide de prévention ERP type O, 2023
Questions fréquentes
Un petit hôtel de 15 chambres est-il soumis aux mêmes obligations qu’un grand hôtel ?
Que se passe-t-il si la commission de sécurité émet un avis défavorable ?
Les chambres d’hôtes et gîtes sont-ils soumis aux mêmes règles que les hôtels ?
Faut-il un système sprinkler dans un hôtel ?
À quelle fréquence la commission de sécurité visite-t-elle un hôtel ?
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