Les immeubles de grande hauteur (IGH) imposent des contraintes de sécurité incendie bien plus strictes que les bâtiments classiques. L’installation d’un système de sécurité incendie (SSI) en IGH répond à des exigences réglementaires spécifiques, avec une catégorie A obligatoire et des dispositifs de désenfumage mécanique renforcés. Découvrez dans cet article les spécificités techniques et normatives à connaître.
Qu’est-ce qu’un immeuble de grande hauteur (IGH) ?
La réglementation française définit un immeuble de grande hauteur selon des seuils précis fixés par le code de la construction et de l’habitation (CCH), articles R. 122-1 et suivants. Un bâtiment est classé IGH lorsque le plancher bas du dernier niveau dépasse :
- 28 mètres pour les immeubles d’habitation
- 50 mètres pour tous les autres types d’immeubles (bureaux, commerces, hôtels, etc.)
Cette hauteur se mesure depuis le niveau d’accès des engins de secours jusqu’au plancher bas du dernier niveau occupé. Au-delà de ces seuils, les contraintes d’évacuation, d’accessibilité des secours et de propagation du feu justifient un cadre réglementaire renforcé.
Les IGH concentrent des risques majeurs : évacuation longue et complexe, difficulté d’intervention des pompiers en hauteur, effet cheminée favorisant la propagation des fumées et des flammes dans les circulations verticales.
Les différentes classes d’IGH
Le code de la construction répertorie plusieurs classes d’IGH, chacune correspondant à un usage spécifique du bâtiment. Cette classification détermine les exigences applicables en matière de sécurité incendie :

- GHA : immeubles d’habitation
- GHO : immeubles d’hôtellerie
- GHR : immeubles d’enseignement
- GHS : dépôts d’archives
- GHU : immeubles sanitaires (hôpitaux)
- GHW : immeubles de bureaux (W1 pour hauteur inférieure ou égale à 50 m au-dessus du seuil, W2 au-delà )
- GHZ : immeubles à usage mixte
- GHTC : tours de contrôle
- ITGH : immeubles de très grande hauteur (plus de 200 mètres)
Chaque classe impose des dispositions constructives et techniques adaptées. Les ITGH, par exemple, doivent intégrer des dispositifs de sécurité encore plus poussés, avec des zones de mise à l’abri spécifiques à chaque tiers de la hauteur du bâtiment.
Installation SSI en immeuble de grande hauteur ?
Expertise IGH, mise en conformite et maintenance.
SSI de catégorie A : une obligation en IGH
L’arrêté du 30 décembre 2011 relatif à la sécurité des IGH impose un SSI de catégorie A pour tous les immeubles de grande hauteur, sans exception. Ce niveau de catégorie, le plus élevé de la norme NF S 61-931, comprend obligatoirement :
- Un système de détection incendie (SDI) couvrant l’intégralité des locaux, y compris les circulations, les gaines techniques, les faux plafonds et les faux planchers
- Un système de mise en sécurité incendie (SMSI) pilotant automatiquement le compartimentage, le désenfumage et les asservissements
- Un centralisateur de mise en sécurité incendie (CMSI) de type A, installé au poste central de sécurité
- Une unité de gestion des alarmes (UGA) diffusant l’alarme générale sélective par compartiment
La détection automatique est généralisée dans un IGH. Contrairement aux ERP où certaines zones peuvent être dispensées de détection, un immeuble de grande hauteur exige une couverture totale. Les détecteurs sont adaptés à chaque local : optiques de fumée dans les bureaux et circulations, thermiques dans les cuisines et locaux techniques, multi-critères dans les zones à risque d’incendie.
Compartimentage renforcé et résistance au feu
Le compartimentage constitue le pilier de la stratégie de sécurité en IGH. L’objectif est de confiner le feu dans un volume limité, permettant l’évacuation progressive des occupants et l’intervention ciblée des secours.

Chaque compartiment doit respecter des critères stricts :
- Surface maximale de 2 500 m² par compartiment (réduite selon la classe d’IGH)
- Résistance au feu des parois : coupe-feu 2 heures (CF 2h / REI 120) minimum pour les planchers et les parois de compartimentage
- Portes de recoupement coupe-feu 1 heure (EI 60) avec ferme-porte automatique asservi au SSI
- Traversées de parois par les réseaux (gaines, câbles, canalisations) obturées par des dispositifs coupe-feu
Le SSI pilote le compartimentage actif : à la détection d’un départ de feu, le CMSI commande automatiquement la fermeture des portes coupe-feu, des clapets coupe-feu dans les gaines de ventilation et le verrouillage des ascenseurs au niveau d’évacuation.
Les escaliers et les sas d’accès aux escaliers jouent un rôle essentiel dans la stratégie d’évacuation. Ils doivent rester praticables en toutes circonstances, avec une mise en surpression assurée par le système de désenfumage pour empêcher l’envahissement par les fumées.
Désenfumage mécanique obligatoire
Contrairement aux ERP de faible hauteur où le désenfumage naturel peut suffire, les IGH imposent un désenfumage mécanique dans la quasi-totalité des zones. L’effet cheminée propre aux bâtiments de grande hauteur rend le désenfumage naturel inefficace, voire dangereux.

Le système de désenfumage en IGH comprend généralement :
- Extraction mécanique des fumées dans les circulations horizontales communes, avec un débit calculé selon la surface du compartiment
- Mise en surpression des escaliers et de leurs sas pour maintenir des voies d’évacuation praticables
- Soufflage de compensation dans les circulations désenfumées, avec un air neuf introduit en partie basse
- Ventilateurs de désenfumage certifiés 400 °C pendant 2 heures (norme EN 12101-3), alimentés par une source de sécurité
Le SSI assure la gestion automatique du désenfumage : dès la détection d’un incendie dans un compartiment, le CMSI commande l’ouverture des volets de désenfumage du compartiment sinistré, le démarrage des ventilateurs d’extraction et de soufflage, tout en maintenant fermés les volets des compartiments adjacents.
La coordination entre compartimentage et désenfumage est cruciale. Un défaut de séquencement — par exemple, l’ouverture simultanée de volets dans deux compartiments — peut provoquer un transfert de fumée et compromettre l’évacuation.
Coordination SSI et mise en service
L’installation d’un SSI de catégorie A en IGH nécessite une coordination SSI rigoureuse, confiée à un coordinateur SSI qualifié. Ce rôle, défini par la norme NF S 61-931, est d’autant plus critique en immeuble de grande hauteur que les interactions entre les lots techniques sont nombreuses et complexes.
Le coordinateur SSI intervient à chaque étape du projet :
- Conception : rédaction du cahier des charges fonctionnel, définition des scénarios de mise en sécurité par compartiment et par zone, validation du concept de sécurité global
- Réalisation : vérification de la conformité des équipements installés, coordination entre les lots (détection, désenfumage, compartimentage, alarme, éclairage de sécurité)
- Réception : participation aux essais fonctionnels, vérification de la cohérence des scénarios programmés dans le CMSI
En IGH, le tableau de corrélation (matrice causes/effets) est particulièrement volumineux. Il décrit pour chaque point de détection les actions automatiques à déclencher : fermeture de portes, ouverture de volets, arrêt de CTA, commande d’ascenseurs, diffusion de l’alarme. Un immeuble de bureaux de 30 étages peut compter plusieurs milliers de points de détection et des centaines d’asservissements.
La mise en service du SSI doit être réalisée par l’installateur en présence du coordinateur SSI. Chaque scénario est testé individuellement : déclenchement d’un détecteur dans un compartiment donné, vérification de toutes les actions associées (fermeture portes, ouverture volets, alarme), puis remise en état initial.
Essais, réception et maintenance
La réception d’un SSI en IGH suit un protocole strict encadré par la commission de sécurité et le bureau de contrôle agréé. Les essais se déroulent en plusieurs phases :
- Essais par lots : chaque installateur vérifie le fonctionnement de ses équipements (détecteurs, volets, portes, ventilateurs) de manière isolée
- Essais fonctionnels : le coordinateur SSI vérifie le fonctionnement global du système, scénario par scénario, en simulant des déclenchements dans chaque compartiment
- Essais en grandeur réelle : pour les ITGH, des exercices d’évacuation partielle peuvent être exigés, en coordination avec le SDIS local
La maintenance d’un SSI en IGH est soumise à des obligations renforcées. L’article R. 122-17 du CCH impose une vérification semestrielle par un organisme agréé, en plus de la maintenance préventive trimestrielle réalisée par l’installateur.
Le poste central de sécurité (PCS) doit être occupé en permanence (24 heures sur 24) par un personnel qualifié SSIAP 2 ou SSIAP 3. Ce personnel surveille les alarmes, gère les levées de doute et coordonne les interventions en cas de déclenchement.
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Questions fréquentes
À partir de quelle hauteur un bâtiment est-il classé IGH ?
Un bâtiment est classé IGH lorsque le plancher bas de son dernier niveau dépasse 28 mètres pour les immeubles d’habitation ou 50 mètres pour les autres types d’immeubles (bureaux, hôtels, commerces). Cette hauteur se mesure depuis le niveau d’accès des engins de secours.
Quelle catégorie de SSI est obligatoire en IGH ?
Un SSI de catégorie A est obligatoire dans tous les immeubles de grande hauteur, conformément à l’arrêté du 30 décembre 2011. C’est la catégorie la plus élevée, comprenant une détection automatique généralisée, un CMSI de type A et une alarme générale sélective.
Pourquoi le désenfumage mécanique est-il obligatoire en IGH ?
L’effet cheminée inhérent aux bâtiments de grande hauteur rend le désenfumage naturel inefficace. Les fumées montent naturellement dans les circulations verticales et peuvent envahir l’ensemble de l’immeuble en quelques minutes. Le désenfumage mécanique permet de contrôler les flux d’air et de maintenir les voies d’évacuation praticables.
Quel est le rôle du coordinateur SSI en IGH ?
Le coordinateur SSI assure la cohérence globale de l’installation de sécurité incendie. Il rédige le cahier des charges fonctionnel, vérifie la conformité des équipements pendant la réalisation, et valide le fonctionnement de chaque scénario de mise en sécurité lors de la réception. Son rôle est crucial en IGH en raison de la complexité des interactions entre les différents lots techniques.
Quelle est la fréquence de maintenance d’un SSI en IGH ?
La maintenance d’un SSI en IGH comprend une vérification trimestrielle par l’installateur et une vérification semestrielle obligatoire par un organisme agréé. Le poste central de sécurité doit être occupé 24 heures sur 24 par du personnel qualifié SSIAP 2 ou SSIAP 3 pour assurer la surveillance continue des alarmes.




